Ce blog a pour but d'échanger des idées et des ressentis sur des livres, des citations, des lieux, des voyages, sur la vie, la recherche du bonheur...l'amour...
Voici mon texte pour l'épisode 56 de l'atelier d'Olivia : " des mots une hsitoire".
Les mots imposés cette semaine sont : grillage – chat – apesanteur – chant – contexte – plume – couffin – barbouillages – croquis – enfant – lame – livre – vertige – saigner – chapon – climatique – catalogue – match – roboratif – sangloter – allumettes – mouchoirs – enfance – préparation – délicieux.
Ce texte est la suite de Mathilde que vous pouvez lire ici.
Au bout d’une heure de route, Louis s’enfuit de ses rêves et de la voie rapide et retrouva sa maison en proche périphérie de Rennes.
C’était mardi soir et Louis avait oublié que Pénélope était à son cours de cuisine hebdomadaire, probablement en train de concocter un chapon aussi roboratif que farci. Le croquis du plat dessiné par son épouse et affiché dans l’entrée le mit en appétit.
Il se dirigea vers son bureau installé sous les combles, bercé par une sorte d’apesanteur, encore ampli de l’évocation de Mathilde mais pressé d’étreindre Pénélope dès son retour de cette improbable échappée culinaire. Louis se dit qu’il allait rajouter quelques réalités virtuelles à son livre en cours d’écriture lorsqu’il aperçu soudain un petit mot de son épouse.
Mon amour,
Je sais que le contexte de la disparition de Mathilde est une énigme et un crève-cœur pour toi.
Ta sœur m’ a un jour demandé de te remettre cette lettre au cas il lui arriverait malheur. J’étais très étonnée de cette démarche étant donné son jeune âge mais je ne lui ai pas posé de questions. Mathilde et moi nous aimions beaucoup, elle m’a simplement dit que je saurais lorsque le moment serait venu de te remettre ses mots. Le moment est venu, ce bébé en préparation, mélange de toi et moi doit te permettre d’affronter ce que Mathilde avait à te dire.
Je t’aime, je reviens vite, je suis là…
Louis fut pris de vertige à la vue de l’enveloppe mauve sur laquelle Mathilde avait sobrement indiqué à la plume : « A louis ». Il la décacheta avec beaucoup d’émotion et de recueillement, comme on enlève pour la première fois les artifices en dentelle d’une femme qu’on aime de tout son être…
Louis,
Te souviens tu dans notre enfance lorsque Fripouille le chat escaladait le grillage bleu du pavillon, assorti aux hortensias ? On le récupérait en hâte et on le déposait dans un couffin moelleux pour qu’il n’ait plus jamais envie de s’échapper.
J’ai croisé l’amour mais je n’ai pas réussi à trouver de couffin pour le retenir. Il s’appelle John, un anglais baroudeur et bourreau de coeur, venu par bateau d’un coin sauvage des Highlands. Je l’ai aimé follement, j’ai vécu avec lui une passion délicieuse et dévastatrice. Ma vie d’alors était semblable à celle d’une allumette, je me suis embrasée de tout mon être, j’ai consumé inexorablement mon existence à ses cotés.
Je voulais le chérir pour l’éternité, je voulais un enfant de lui, je voulais tout en somme.
Un matin il est reparti, sans laisser d’adresse, sans explications, laissant en moi le chant de nos 2 corps qui gémissaient à l’unisson.
L'allumette n'était plus que cendres...
La seule façon de pouvoir vivre avec une lame plantée entre mes 2 poumons était d’être figée pour toujours, or la vie ne vaut que lorsqu’on peut virevolter et inventer de nouvelles cabrioles. Seules les conditions climatiques torrides valent la peine d’être vécues, pas la tiédeur.
Je vais t’épargner le catalogue de mes souffrances, j’ai simplement décidé un beau jour d'arrêter de saigner.
John est parti par la mer, alors moi aussi : j’ai perdu le match Louis mais je t’assure que je me suis battue, j’ai nagé jusqu’à l’épuisement, les yeux tournés vers l'angleterre...
Je te revoie petit en train de sangloter et tes larmes transformaient alors tes dessins en barbouillage. Je t’en prie, tu es devenu bien grand, laisse tes mouchoirs au placard, sois heureux auprès de Pénélope, ne barbouille pas votre toile commune.
j’ai été heureuse avec John et au moment de mon dernier souffle, je sais que j’aime, je sais que j’aime.
Pardonne moi le mal que je t’ai fait,
A toi pour toujours,
Mathilde.
Louis était sous le choc, il réussit à se servir un verre en attendant le retour de Pénélope et de pouvoir réapprendre à réfléchir.
